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samedi 15 janvier 2011

Un Pied au Paradis, de Ron Rash


Holland Winchester est mort, qu'elle dit, sa mère. Il a été tué par son voisin, Billy Holdcombe. Parce qu'il se tapait sa femme, la jolie Amy. Mais voilà, le shérif Alexander a beau chercher, impossible de mettre la main sur ce fichu corps. Pas de corps, pas de crime... ? 

On suit l'histoire à travers le regard de cinq protagonistes - le shérif, la femme (Amy), le mari (Billy), leur fils (Isaac), et enfin l'adjoint du shérif, à cinq époques différentes. Jocassee, leur vallée, est condamnée à finir innondée par la compagnie d'électricité Carolina Power, et avec elle ses secrets. Dans un monde désolé, dans lequel les plants agricoles s'effritent sous le soleil de plomb, la cruauté de l'oubli, les jalousies, la pression sociale, tout ce petit monde rural se dévoile dans ses faiblesses, ses rêves, ses obsessions, ses superstitions, avec douleur et tendresse. Coup de coeur pour ce polar, aux sonorités rurales, qui parvient à nous emporter dans les vagues à l'âme de ses personnages, tous attachants ou intriguants.


Extraits : "Mais je me suis aussitôt senti mal. Je savais que j'essayais pas d'amener la pluie. C'était rien que par méchantise."


"La malchance poursuivait la famille tel un chien galeux qu'elle n'arrivait pas à faire déguerpir"


"Le temps de sortir de la forêt, nous ne voyions déjà plus nos pieds, mais nous apercevions le carreau de lumière jaune à l'autre bout de la pâture. Cette fenêtre étincelante était pareille à un fanal nous guidant vers un lieu sûr et chaud où des gens qui nous aimaient seraient toujours là à nous attendre. C'est peut-être le plus grand bienfait que nous accorde l'enfance, ai-je songé, tandis que papa posait mon assiette devant moi, de croire que jamais rien ne change"


"Je savais qu'il parlerait de tout et de rien tant que je resterais. Il aurait tenu les mêmes propos à un inconnu, et je me suis demandé si c'était ce que j'étais devenu pour lui, un inconnu qui autrefois avait été un fils"


"Quand arrive le plein été et que le matin, Sirius l'étoile du Grand Chien se lève avec le soleil, il arrive que la terre forme une croûte et qu'un gars voye ses cultures de printemps brunir et se recroqueviller comme quelque chose qui brûle. C'est la saison où les serpents deviennent aveugles. Leurs yeux s'enrobent tout comme des perles et ils deviennent méchants." 
 

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Lu en janvier 2010, sélection prix du lecteur Trignac 2010
 
Titre : One Foot in Eden / Un pied au paradis

Traductrice : Isabelle Reinharez
Auteur : Ron Rash2 / 2009
Editeur : Picador / Les Editions du Masque

Autres titres de l'auteur :

samedi 11 décembre 2010

Glyphes, de Paul McAuley


Le grand-père d'Alfie Flowers était archéologue. Il avait ramené d'Irak de curieux gribouillages, qu'il lui avait interdit de regarder. Alors, quand il est mort, forcément, Alfie a ouvert le tiroir interdit... Une bouffée de poudre lui a sauté dessus. Les fameux gribouillages aussi. Ils se sont littéralement transformés sous ses yeux, polymorphes, vivants.... ! Depuis il est sujet à de curieuses crises d'épilepsie. Il n'a jamais bien su le fin mot de l'histoire... Et puis, voilà qu'il tombe sur un curieux graffiti, détouré par des glyphes ressemblant étrangèrement à ceux de son grand-père. La preuve : ils bougent ! Pour Alfie...

Persuadé de tenir une piste sur ce qui lui est arrivé, voire sur ce qui est arrivé en réalité à son grand-père puis à son père, Alfie remue ciel et terre pour retrouver l'auteur de ce fameux graffiti. Mais il n'est malheureusement pas le seul...

Un polar fascinant, que l'on dévore comme un roman d'aventure. On part à la poursuite du passé de ces fameux "Nomades" irakiens, à la recherche de la fameuse drogue hakka, on farfouille dans la mémoire tremblotante de la grand-mère atteinte d'Alzheimer, et toujours devant soi, Morph, le fameux tagger irakien insaisissable, l'effrayant Dr Rölf Most, ces "low man" qui arrivent à faire fuir la super-espionne Harriet, et ces curieux Glyphes... Un vrai délice !


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Lu en novembre 2010.
 
Titre : Mind's Eye / Glyphes
 Auteur : Paul McAuley, né en 1955, est un botaniste britannique et un auteur de best-seller.

Traducteur : Bernard Sigaud
Année : 2005 / 2007
Editeur : Simon & Schuster - Londres / Robert Laffont

Collection : Ailleurs & Demain
Notes : Coup de coeur E. Caux 2009, nomination au prix Campbell 2006.
Autre titre de l'auteur : Les Diables Blancs, Four Hundred Billion Stars (prix Philip K. Dick 1988), Eternal Light (sa séquelle), Secret Harmonies/Of the Fall, Red Dust, la trilogie Confluence, Pasquale's Angel (Prix Sidewise Award for Alternate History -Long Form), Fairyland (Prix Arthur C. Clarke 1996), The Secret of Life, Whole Wide World, White Devils.

mercredi 24 novembre 2010

The rain before it falls / La pluie avant qu'elle tombe, de Jonathan Coe

Shropshire. Gil s'occupe des obsèques de sa vieille tante, Rosamond, et découvre que celle-ci a laissé à une certaine Imogène six enregistrements audio. A lui faire parvenir, donc. Mais qui est donc cette Imogène ? Comment retrouver cette étrange et mystérieuse parente, jusque-là pratiquement inconnue ? 

Gil écoute les cassettes posthumes laissées par son aïeule, ses descriptions minutieuse de vingt photos, exactement (Imogène est aveugle), et les souvenirs et anecdotes qui y sont rattachés, et découvre par là-même l'histoire de trois femmes, sur trois générations : celle de Béatrix - la cousine, et soeur de sang de Rosamond, de sa fille Théa - que Rosamond aura élevée pendant pratiquement un an avec son amie Rebecca, et enfin de la petite dernière, Imogen - enlevée par les services sociaux et confiée à une famille d'adoption. Trois petites filles délaissées, cherchant à grandir sans l'amour de leur mère, et reproduisant, génération après génération, cette même indifférence maternelle, cette même violence haineuse, jusqu'à aboutir à Imogen, rendue aveugle suite aux coups de sa mère Théa. 

Le titre provient de l'album de Théo Travis (album Slow Life), et donne la plus belle scène du livre, à la douzième photo. Rosamund vit alors le bonheur complet avec sa petite amie et Théa malgré l'ombre d'un retour possible de Béatrix, la véritable mère de la petite. Théa, remarquant la mélancolie de Rebecca, lui demande si c'est la perspective de la pluie qui l'attriste. Cette dernière lui répond que non, que la pluie d'été est sa pluie préférée. "Moi ma préférée, c'est la pluie avant qu'elle tombe", lui répond alors Théa. Rosamond lui explique que ce n'est que de l'humidité, qu'on ne peut parler de pluie. Et alors qu'elle regrette de s'être lancée dans l'explication d'un concept aussi compliqué à une si petite fille, Théa lui répond : "Bien sûr que ça n'existe pas, elle a dit. C'est pour bien ça que c'est ma préférée. Une chose n'a pas besoin d'exister pour rendre les gens heureux, pas vrai ?"

Par petites touches, dans une langue élégante, classique, et pleine de pudeur, Jonathan Coe parvient à rendre solaires ces trois mères-bourreaux, éternelles petites filles écorchées vives. Un livre superbe, terriblement cruel, et atrocement humain.

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Lu le 23 novembre 2010, amis des nuits blanches bonsoir.
Titre : La pluie avant qu'elle tombe
Auteur : Jonathan Coe - Née en 1961 à Birmingham.

Traduction : Jamila et Serge Chavin
Année : 2007 / 2009
Editeur : Gallimard         Collection : nrf       
Reliure : biblioteca
Autres titres de l'auteur : Testament à l'anglaise (Meilleur livre étranger 1996) ; La Maison du sommeil (prix Médicis étranger 1998) ; Bienvenue au club ; Le Cercle fermé ; Humphrey Bogart (Cahiers du cinéma, éditions de l'Etoile) ; James Stewart
(Cahiers du cinéma, éditions de l'Etoile) ; Un véritable naturalisme littéraire est-il possible ou même souhaitable ? (avec Will Self, éditions Pleins Feux)